Thème du colloque

Cultures et politiques de l'évaluation en éducation et en formation

L'évaluation est généralement considérée comme étant au cœur des stratégies de développement des systèmes éducatifs. La multiplication des évaluations portant sur les systèmes d'éducation et de formation (institutions, programmes, référentiels d’accréditation, dispositifs de pilotage, ...) témoigne de cet intérêt tant au niveau local ou régional qu’au niveau international. Evidemment, l’évaluation des politiques éducatives s’insère toujours dans des contextes culturels et politiques particuliers. Or, il existe une diversité de cultures et de politiques de l’évaluation d’un pays à un autre, voire parfois d’une région à une autre. Le colloque vise donc à questionner les pratiques et dispositifs d’évaluation à travers cette diversité de cultures et de politiques. Le questionnement portera aussi bien sur l’évaluation des apprentissages, des enseignements et des systèmes éducatifs que sur les méthodologies (et outils) employées ou les contextes socioculturels dans lesquels l’évaluation s’insère.

  • Toute politique d’évaluation implique-t-elle une approche systémique prenant en compte les niveaux macro, méso et micro ?
  • Quelles formes d’interaction l’instauration d’une « culture de l’évaluation » implique-t-elle entre ces différents niveaux ?
  • Quels impacts l’évaluation produit-elle sur les politiques éducatives et les politiques d’évaluation sur les pratiques éducatives ?
  • Quels sont les impacts des développements technologiques et autres innovations sur les cultures et politiques d’évaluation ?

Ce colloque sera également l’occasion de présenter les expériences menées dans différents pays, ainsi que de faire un état des recherches dans une perspective comparative. Les symposiums seront particulièrement bien adaptés à cet exercice.

Ce 26ème colloque de l’ADMEE-Europe, qui se tient pour la première fois au Maroc, est destiné aux enseignants-chercheurs, praticiens, responsables des systèmes éducatifs. Il vise à offrir des conditions propices à des débats et à des rencontres entre les personnes impliquées par l’évaluation en éducation.

Axe 1: Cultures et politique de L’évaluation dans l’enseignement supérieur

Avec la démocratisation, la diversification de l’accroissement de l’offre de formation, l’appel incessant à la créativité et à l’innovation, l’évaluation est devenue, plus que jamais, l’enjeu majeur du développement de l’enseignement supérieur. Elle fait l’objet de nombreuses recherches sur des modèles théoriques et pratiques pour un usage approprié, dédié à l’amélioration de la qualité et l’efficacité des formations. Selon les contextes, différentes évaluations préoccupent les acteurs : évaluation des apprentissages et des prestations pédagogiques, évaluation des politiques, des structures, des programmes, de la valeur ajoutée d’une rénovation pédagogique, évaluation de la recherche. Par l’opérationnalisation de ces actions, on peut souhaiter mesurer et documenter le degré de satisfaction des bénéficiaires, se rendre compte de la cohérence des programmes, mesurer l’impact des formations sur le développement, le transfert des compétences et sur l’employabilité ou encore mesurer l’impact de la recherche sur le développement de la créativité et la rénovation. On se confronte, alors, à des problématiques multiples.

  • Evaluateurs et évalués, quelles représentations et quelles cultures de l’évaluation ?
  • Evaluations, quelles théories, expériences et formalisations des actions par des modèles institutionnels ?
  • Evaluations et approche systémique, quelles corrélations possibles et significatives entre les évaluations des différentes dimensions de l’enseignement supérieur ?

Axe 2 : L’influence des politiques évaluatives internationales

Nous assistons à l’heure actuelle à un processus de mondialisation des dispositifs d’évaluation qui concerne en premier lieu les enquêtes internationales. Le besoin d’évaluer la qualité des systèmes éducatifs a provoqué l’émergence de plusieurs programmes internationaux bien connus, tels que les études de l’I.E.A. et ou de P.I.S.A. de l’O.C.D.E. Ces programmes internationaux véhiculent, à quelques nuances près, une vision commune de l’évaluation, tant sur le plan des contenus, des formes, que des modèles de mesure utilisés pour le traitement des données. Les conceptions internationales de l’évaluation se sont de plus en plus souvent « imposées » au niveau local. Ainsi, nombre de dispositifs d’évaluation locaux ou nationaux semblent avoir adapté ou calqué les normes des programmes internationaux dans un mouvement global d’uniformisation. Or, si les standards internationaux tirent leur légitimité d’un souci de comparabilité des résultats des évaluations, au niveau local, ce souci n’existe pas toujours. La technicité des méthodes et des modèles utilisés reste également un sérieux obstacle à l’appropriation des résultats par les acteurs du monde de l’éducation et éloigne les praticiens du processus d’évaluation. La question se pose dès lors de savoir si cette transposition est légitime et souhaitable.

  • Au niveau méthodologique, est-il légitime d’utiliser les modèles d’évaluation et de mesure utilisés dans les enquêtes internationales pour les évaluations locales ?
  • L’uniformisation des procédures d’évaluation est-elle compatible avec les richesses des systèmes éducatifs nationaux ?
  • Au niveau idéologique, est-il souhaitable de focaliser les évaluations locales sur les contenus abordés par les évaluations internationales et quelles en sont les conséquences sur l’enseignement ?
  • Ou encore, les évaluations locales doivent-elles se « limiter » à proposer les modes de questionnement que l’on retrouve dans les évaluations internationales ?

Axe 3 : Les différentes formes de l’évaluation et leur comparaison

Dans nos sociétés, l’évaluation se dissocie difficilement d’une comparaison qu’elle soit au niveau institutionnel ou entre pairs. Au-delà des évaluations certificatives liées à des processus de sélection ou des classements, l’accès à l’information sur les méthodes d’évaluation, et le débat sur celles-ci, engendrent des effets de comparaison et d’influence réciproques entre les systèmes d’évaluation nationaux, des systèmes étatiques sur les institutions locales, et des institutions sur les acteurs eux-mêmes. L’ouverture et l’échange provoquent aussi des influences plus grandes entre collègues, et des possibilités d’influences de la base vers le sommet. Nous pouvons procéder ainsi à des comparaisons qui porteront sur les méthodes d’évaluation, les normes de certification, les dispositifs d’évaluation et de valorisation des acquis de l’expérience (VAE), les procédures, les systèmes de notation. La plupart des recommandations tendent à vouloir éviter la comparaison au sein d’une classe, mais celles-ci semblent en tension avec les mécanismes de sélection dans le système éducatif lui-même.

Les questions suivantes se posent :

  • Quels sont les dispositifs et outils d’évaluation utilisés aux niveaux local, national et international et comment s’articulent-ils réciproquement ? 
  • Quelles sont les cultures évaluatives d’établissements particuliers et quelles sont les tensions qui peuvent se dessiner entre les acteurs tant au niveau local, national, qu’international?
  • Il existe des microcultures évaluatives au niveau des classes et des établissements, mais celles-ci sont-elles à même de se maintenir ou d’influencer des structures plus grandes à travers les comparaisons nationales et internationales ?
  • La comparaison internationale permet-elle l’existence de cultures évaluatives ancrées dans des cultures régionales, voire dans des valeurs spirituelles, ou entraîne-t-elle forcément une néocolonisation dominée par l’occident ?

Ce colloque sera l’occasion de présenter les expériences menées dans différents pays, ainsi que de faire un état des recherches dans une perspective comparative. Ce 26ème colloque de l’ADMEE-Europe, qui se tient pour la première fois au Maroc, est destiné aux enseignants-chercheurs, praticiens, responsables des systèmes éducatifs. Il vise à offrir des conditions propices à des débats et à des rencontres entre les personnes impliquées par l’évaluation en éducation.